Analyses œnologiques & agroalimentaires

Résidus de pesticides dans les vins

Résidus de pesticides dans les vins : tempête dans un verre de Bordeaux ?

réaction et mise au point de Pascal Chatonnet suite à la publication par UFC Que Choisir du dossier titré

« Les pesticides toujours là, mais… »

Chercheur, œnologue, viticulteur, Pascal Chatonnet, directeur du laboratoire Excell, fut parmi les premiers à alerter à propos de tous les sujets liés à la contamination des vins par des substances indésirables aux plans organoleptiques ou toxicologiques et notamment sur la gestion des pesticides en viticulture.

En réaction à la présentation par UFC Que Choisir de son dossier « Les pesticides toujours là, mais… » et du traitement médiatique qui a suivi la publication de ces analyses, Pascal Chatonnet revient sur ces résultats qui – sauf à pratiquer le Bordeaux bashing – ne sauraient être à charge pour les vins de Bordeaux, bien au contraire.

Une nouvelle publication de l’association UFC Que Choisir (N°565, janvier 2018) s’intéresse à la teneur en résidus de pesticides de 40 vins rouges de la région de Bordeaux, dont 38 crus classés, du millésime 2013 et 2014. Les analyses ont porté sur des vins en bouteilles prélevées sur le marché et non sur des échantillons pour rechercher l’intégralité des familles de produits phytosanitaires utilisés en viticulture (fongicides, herbicides, insecticides, acaricides, régulateurs de croissance), exceptés le soufre et le cuivre utilisables conjointement par la viticulture conventionnelle et biologique. Cette étude remarquable fait suite à un premier état des lieux réalisé dans des conditions similaires il y a quatre ans (UFC 518, octobre 2013) ; ces résultats sont donc dans une certaine mesure comparables et permettent d’évaluer l’évolution de la question des résidus dans les vins en général et ceux de Bordeaux en particulier.

Abus de langage et « virulence » inutile

Tout d’abord, les accroches journalistiques ne sont pas toujours propres à introduire clairement le sujet : sans insister sur les affiches promotionnelles de la publication « vins : accros au pesticides ? » dont la « virulence » inutile est à peine atténuée par le point d’interrogation, il est indiqué que la plupart des vins analysés sont « contaminés par des résidus de pesticides » ce qui est simplement inexact. On ne peut parler de contamination que dans le cas de la présence de pesticides sans usage de pesticides, c’est-à-dire seulement dans le cas de la viticulture biologique. On retrouve donc dans les autres cas éventuellement des résidus et non des contaminants dans les autres. Sur les molécules détectées et quantifiées dans les vins : au total 11 molécules de synthèse différentes et leurs métabolites ont été détectés dans les vins, mais la quantité maximale de molécule dans un même vin oscille entre zéro et 3 seulement. Le soufre et le cuivre, fongicides employés systématiquement quel que soit le type de viticulture n’ont pas été recherchés dans ce travail. Les teneurs mesurées sont systématiquement inférieures aux Limites Maximum de Résidus légales (LMR) : ce résultat est absolument fondamental car il atteste de la non toxicité du vin livré à la consommation publique ; il est dommage que les commentateurs n’insistent pas plus sur ce fait…

L’utilisation raisonnée des pesticides évolue très significativement et très favorablement à Bordeaux : si on compare les résultats d’il y a trois ans à ceux d’aujourd’hui avec un millésime à la météorologie plutôt classique en 2014, on constate à la fois :

  • une réduction importante du nombre de molécules de résidus détectées ou quantifiées dans les vins (plus de trois fois moins (3,5) avec au maximum 14 il y a trois ans (7 en moyenne détectées et 3 seulement quantifiables) et six au plus aujourd’hui (2 molécules détectées en moyenne et 1 quantifiable)
  • une réduction importante de leur quantité dosable (divisé par 3 en moyenne même si ce chiffre ne signifie pas grand-chose scientifiquement parlant). Un exemple frappant est celui du vin Mouton Cadet, vin issu de l’assemblage d’un grand nombre de vins différents, qui présentait sur le millésime 2010 14 molécules de résidus différentes et seulement 3 en 2015 avec une concentration globale réduite par plus de 7,5 fois !

Sous-entendus politiques contre bons sens paysan

À la lumière de ces résultats, plutôt que d’ergoter sur tel ou tel détail, on devrait unanimement se réjouir de la prise de conscience de la filière dans son ensemble qui aboutit à des résultats bien concrets. Pourquoi regretter l’absence d’objectifs quantitatifs et de calendrier de réduction de l’usage des pesticides pour la filière ? Ce n’est pas à force de décisions orientées par des sous-entendus bassement politiques que l’on arrive forcément à un meilleur résultat comme le démontre le triste bilan des plans Ecophyto « obligatoires »… Le bon sens paysan et la pression des consommateurs suffisent amplement on le voit bien ; sinon pourquoi les viticulteurs auraient-ils changé ? Pour autant, il faut aussi modérer son enthousiasme en se rappelant que ces belles performances sont à confirmer dans la durée et bien entendu toujours à améliorer. Les conditions météorologiques sont très variables d’un millésime à un autre en façade atlantique. La pression des parasites peut parfois conduire les producteurs à des dérapages plus ou moins contrôlés. Il sera intéressant de vérifier la tendance à l’amélioration en matière de réduction du nombre et de quantité de résidus sur des millésimes ayant connus un printemps plus chaud et humide et donc une pression du Mildiou nettement plus importante par exemple. Pour rappel, contrairement à ce que tout le monde laisse entendre, il faut insister sur le fait qu’il n’existe pas de viticulture sans usage de pesticides ! Même l’agriculture biologique ou biodynamique utilise des préparations phytosanitaires qui sont des pesticides. De même, ce n’est pas parce qu’un produit est biologique qu’il n’est pas toxique ou indésirable au plan environnemental et qu’il ne produit ni résidu ni impact environnemental préjudiciable. De nombreux exemples, comme les problèmes liés aux insecticides bios ou à l’accumulation du cuivre, peuvent illustrer ces faits souvent trop sous-estimés.

En conclusion, en dépit de l’approche journalistique un peu orientée, l’étude de UFC Que Choisir démontre à l’évidence que la filière viticole a pris conscience, peut être tardivement et sous la pression mais finalement peu importe, de l’importance d’une gestion plus intelligente de la protection phytosanitaire. Cette meilleure gestion est motivée d’abord par une meilleure protection de l’utilisateur lui-même et des travailleurs du vignoble et ensuite par un plus grand respect de l’impact environnemental des traitements, que par une réduction de la toxicité du vin livré au consommateur qui, au grand dam des adeptes de la polémique, ne pouvait de toute façon être sérieusement mise en cause vu les teneurs en résidus mesurées. Il est certain aujourd’hui, comme nous l‘avions démontré autrefois, qu’il est parfaitement possible en sélectionnant les molécules les moins résiduaires et les moins agressives et en optimisant les programmes d’applications, d’obtenir une protection satisfaisante tout en atteignant des niveaux de résidus finalement extrêmement faibles voire même non détectables et que l’on peut attester scientifiquement (consulter www.phytocheck.fr).