Analyses œnologiques & agroalimentaires

Des vins plus naturels avec moins de pesticides

PRODUIRE DES VINS PLUS NATURELS AVEC MOINS DE PESTICIDES

Introduction

Par opposition à l’agriculture « conventionnelle », l’agriculture « BIO » désigne une agriculture plus respectueuse de l’environnement. Le rejet des pesticides de synthèse dans la production agricole dite « BIO » ne constitue historiquement que l’aspect le plus superficiel du mouvement mais c’est de loin le mieux connu ! Compte tenu de différentes contraintes, il est illusoire de penser qu’une fraction majeure de la production vinicole puisse passer facilement au « BIO ». Aujourd’hui, les viticulteurs d’une manière générale tendent à travailler différemment, d’où l’apparition d’une « viticulture raisonnée ». La réduction de la fréquence des traitements chimiques, par une meilleure appréciation du risque et l’utilisation de matières actives moins agressives pour l’environnement, est l’une des avancées principales de l’agriculture raisonnée. Cependant, les fruits de ces démarches responsables seront difficiles à identifier ! En effet, les consommateurs pourront reconnaître les produits issus d’exploitations en viticulture raisonnée grâce à une étiquette portant la mention « issu d’exploitations qualifiées au titre de l’agriculture raisonnée ». La mention « certifiée ISO 22000 », qui régie également ce type de démarche, n’a strictement aucune signification pour le consommateur. Enfin, la fixation des limites maximums de résidu (LMR) fait toujours débat.

Si la viticulture ne représente pas la source de contamination la plus importante parmi les différents produits alimentaires, c’est elle qui proportionnellement utilise encore aujourd’hui le plus de produits phytosanitaires (20 % des pesticides employés au total pour moins de 3% des surfaces cultivées…)! Dans ce travail, des données récentes sur la teneur et la nature des résidus les plus fréquents dans différentes familles de vins, dont des vins « BIO », sont présentées. Il est parfaitement possible de produire des vins contenants des quantités faibles à très faibles de résidus sans revendiquer pour cela le label « BIO ». En général, les LMR en vigueur sont exagérément élevées pour un grand nombre de molécules ce qui contribuent à ne pas faire évoluer positivement la viticulture et à noyer les démarches volontaires et progressistes d’un grand nombre de producteurs.

En conséquence, EXCELL a décidé d’initier à compter de 2010 la démarche «+ NATURE  – PESTICIDES©» pour contrôler et faciliter, au stade du consommateur, l’identification des produits agricoles ayant significativement réduit l’usage des pesticides, qu’ils soient issus de l’agriculture biologique ou raisonnée (cf : www.phytocheck.fr). Grâce à un référentiel spécifique, établi sur la base des recommandations de l’EFSA en matière de LMR, mais avec des exigences nettement plus sévères (10 à 1000 fois moins de résidus que les LMR légales) et prenant en compte dés aujourd’hui la notion d’effets cumulatifs de différentes molécules appartenant à une même famille chimique, une attestation et un logotype de signalement original (Figure 1) pourront être utilisés par les producteurs afin de mieux informer les consommateurs.

1- Pollution des vins « BIO » ?

L’agriculture biologique s’est imposée une obligation de moyen à la production avec l’obligation de suivre un cahier des charges qui proscrit l’utilisation de produits issus de l’industrie chimique (non naturels). Différents Labels signalant les viticulteurs qui s’engagent dans cette voie et permettent aux consommateurs d’identifier les produits provenant de ce mode de production. Les consommateurs sensibilisés par les différentes problématiques liées à l’environnement et à sa préservation (émission de gaz à effet de serre, réchauffement climatique, pollution industrielle…), mais aussi à leur bien être et leur santé, recherchent en achetant des produits issus de ce mode de production à satisfaire toutes ces problématiques en même temps.

Cependant, la réalité est autre et l’obligation de moyen ne garantit pas au final des aliments indemnes de contaminants chimiques. Certains pesticides, de par leur persistance dans l’environnement mais aussi de par les volumes utilisés et les méthodes d’application qui sont plus ou moins dispersives en fonction de la mécanisation et des conditions climatiques, entrainent la présence en plus ou moins forte concentration dans l’eau, le sol et l’air de pesticides résiduels. Finalement, ces pesticides peuvent s’accumuler dans les cultures involontairement. Pour cette raison en particulier, il est possible de retrouver des résidus de pesticides dans des aliments issus de l’agriculture biologique.

Le laboratoire EXCELL a développé sur quelques années plusieurs méthodes analytiques permettant de rechercher et de quantifier dans les moûts et les vins les molécules couramment utilisées en viticulture à l’état de traces (µg/l) ou d’ultra traces (ng/l). Les méthodes d’EXCELL pour la recherche et la quantification de pesticides reposent toutes sur la spectrométrie de masse conformément aux exigences Européennes de la Direction Générale de la Santé et des Consommateurs (DG SANCO). En effet, la méthode employée doit être capable d’assurer une identification et une quantification convenable des molécules. La méthode Check List pesticides d’EXCELL, a été retenue par l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV) pour participer à la cartographie pesticides dans les vins en France en 2009 et 2010, permet le dosage d’environ 80 matières actives (fongicides, insecticides, acaricides et herbicides spécifiques viticultures).

Depuis l’étude réalisée par PAN Europe publiée en 2008 (F. VEILLERETTE 2008), la préoccupation des consommateurs vis-à-vis des pesticides dans l’alimentation et dans le vin en particulier est importante. Cette étude concluait que 100% des vins issus de l’agriculture conventionnel étaient contaminés par des résidus de pesticides et que même un vin « BIO » pouvait être pollué par un produit phytopharmaceutique. Nous confirmons (Tableau 1) qu’il est possible de retrouver parfois un ou plusieurs résidus de pesticides dans un vin « BIO » sans pouvoir forcément identifier leur(s) source(s) (usage non-conforme ou plus certainement pollution croisée par un vignoble non « BIO » à proximité).

Exemple d’identification de résidus de pesticides dans des vins BIO

 

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